Réflexions du fauteuil : un syndicat empêche ses membres de sauver leurs emplois
15 04 2009
Maintenant que savez où c'est situé, dépêchez-vous d'y aller avant que ça ferme.
On dit que les jeunes travailleurs sont de plus en plus réfractaires à la syndicalisation obligatoire dans certains milieux de travail. Voici un exemple qui leur donne raison.
Comme on le sait, la crise économique frappe de plein fouet le secteur de l'automobile et des milliers de concessionnaires fermeront leurs portes dans les prochaines années partout en Amérique du Nord. Il y a quelques semaines le groupe Gravel, un important regroupement de concessionnaires automobile de la région de Montréal, a annoncé la fermeture d'une de ses concessions à l'Île des Sœurs. Le propriétaire, Jean-Claude Gravel, a indiqué qu'il lui fallait réduire le loyer du commerce et le salaire des employés pour obtenir un prêt bancaire pour la sauver. Jusque-là, vous me direz qu'il s'agit probablement de l'application de la stratégie classique d'un employeur désireux d'abaisser les coûts de la main-d'œuvre. Mais ce n'est pas tout à fait ce à quoi on assiste dans ce cas-ci.
Devant la possibilité de perdre leur emploi, les 43 employés syndiqués des TCA ont volontairement offert à leur employeur de baisser leur salaire de 10 % pour un an, le temps que la situation financière de l'entreprise se redresse. Avec cette offre en main et la baisse de loyer que M. Gravel avait obtenues du propriétaire de l'édifice où loge le concessionnaire, il était en bonne position pour obtenir le prêt bancaire. C'était sans compter sur l'intervention du syndicat des TCA qui a refusé d'entériner l'entente négociée par ses membres parce qu'elle ne cadre pas avec sa stratégie globale de négociation. J'imagine que le syndicat craint que cette concession salariale locale s'étende à l'ensemble des concessionnaires comme un cancer. Devant cette impasse, les syndiqués de Gravel Automobile viennent d'intenter une poursuite contre leur syndicat pour faire valoir leurs droits. On aura tout vu!
Ce n'est pas la première fois que les grands syndicats sacrifient certains de leurs membres sur l'autel idéologique qu'ils ont construit pour éduquer les masses et protéger la classe ouvrière contre les patrons et contre eux-mêmes quand ils succombent à la tentation de faire des concessions qui ne cadrent pas dans le grand plan des intérêts supérieurs de l'ensemble des syndiqués. Souvenons-nous de la fermeture de l'usine de la multinationale Aleris à Trois-Rivières en juillet 2008 quand la CSN a refusé de faire les compromis nécessaires pour sauvegarder les 450 emplois. Je serais étonné que ces centaines de nouveaux chômeurs et leurs familles aient crié victoire comme leurs dirigeants syndicaux qui se sont sans doute félicités d'avoir résisté avec courage et détermination à l'impérialisme américain. De leur point de vue, les syndiqués d'Aleris étaient probablement les malheureuses victimes de dommages colatéraux.
Des syndicats qui agissent ainsi se comportent comme les multinationales qu'ils dénoncent. Ils donnent priorité à leurs intérêts corporatistes au détriment des travailleurs. Ils oublient leur mission première qui est de les protéger. Pourtant, les travailleurs une fois devenus chômeurs n'ont plus besoin de leur soutien. Alors à quoi sert toute cette idéologie de gauche si c'est pour les laisser tomber?
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Publié par : jacqueso à 09:58:26Permalien
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